L’impact de l’enseignement aux adultes au Centre Louis-Fréchette

10 décembre 2021

 

En 2004, Otilia Eremia a quitté sa Roumanie natale pour s’installer au Québec avec sa famille.  

Alors qu’elle avait jusqu’alors enseigné l’anglais aux jeunes, elle a eu une véritable révélation en découvrant l’enseignement aux adultes. Depuis 2016, elle accompagne ses élèves et chemine avec eux au Centre Louis-Fréchette à Montréal-Nord. 

Qu'est-ce qui a guidé votre choix de carrière? 

J’ai toujours su que ce que je voulais faire dans la vie, c’était enseigner. À l’école, j’aimais la littérature et les langues, alors la Faculté des lettres a été un choix logique. En Roumanie, le volet pédagogique et didactique est inclus dans le programme de baccalauréat en lettres, alors je suis devenue enseignante à seulement 22 ans! 

Après mon arrivée au Québec, j’ai eu la chance d’avoir mes équivalences d’études très rapidement et j’ai pu continuer ma carrière en enseignement.  

Pourquoi avoir choisi l’enseignement aux adultes? 

J'ai eu mon premier contrat dans une école de rattrapage : je donnais un cours d’aide aux devoirs le samedi. C'est là que j'ai découvert la formation générale des adultes (FGA), qui n’est pas si développée et valorisée dans mon pays d’origine. Ce fut une véritable révélation! 

Je suis retournée brièvement enseigner aux jeunes, mais j’ai finalement fait le choix de poursuivre en FGA. 

Bien sûr, ce changement a demandé de l’adaptation, de l’ouverture et une révision de mes pratiques d’enseignement, mais tout ce processus m’a permis de comprendre que j'étais à la bonne place dans ma carrière et que j’avais fait le bon choix. 

Rien ne peut être tenu pour acquis quand on enseigne aux adultes : leur expérience de vie, leur parcours scolaire et leurs motivations sont très différents. Mes élèves sont confrontés à des défis à l’extérieur de l’école que je ne peux ignorer dans mon enseignement. Une maladie, une situation familiale difficile, une grossesse, un emploi ou un déménagement sont des évènements qui me rappellent que l’élève devant moi doit conjuguer l’école avec sa vie personnelle, qui est souvent complexe et atypique.  

Qu’est-ce qui vous motive dans votre travail? 

C’est gratifiant de donner un nouveau sens à l’éducation à l’âge adulte. Il y a une urgence qui me motive. Dans certains cas, je suis peut-être la dernière qui a la chance d’enseigner à cette personne : il faut donc que ça compte! L’impact de l’enseignant est direct, visible, immédiat et c'est pourquoi je le vois comme une grande responsabilité.  

Le contact avec mes élèves est aussi particulièrement enrichissant sur le plan personnel. Parfois, ils ont eu des expériences de vie que je n’ai pas et parfois je partage avec eux mes propres expériences, comme l’immigration ou l’apprentissage d’une langue étrangère. Après plus de vingt ans de carrière, j'ai appris que l’enseignement nécessite un savant mélange de connaissances, de pédagogie, d'empathie et d’estime pour les élèves. On ne peut leur enseigner sans d’abord apprendre à les comprendre et à les apprécier. 

Au Centre Louis-Fréchette, j'ai aussi découvert la grande diversité culturelle présente dans nos classes, que je considère comme une richesse et un atout. Je suis devenue plus sensible aux histoires de vie de mes élèves et j’ai revu, à leur contact, ma définition du succès, de l’effort et du progrès scolaire. Et comme tous mes collègues, je me réjouis des petites victoires de tous les jours et j’essaie d’aider mes élèves à écrire leur propre histoire de réussite scolaire et d’épanouissement personnel. 


Mme Otilia Eremia entourée de quelques élèves du Centre Louis-Fréchette.


Avec quelques collègues enseignants, Meriem Djafar (mathématique), Djamal Sahari (français) et Giuseppe Fiorella (anglais).