Démystifier la psychologie à l’école Cardinal-Léger

19 novembre 2021

Valérie Guertin, psychologue à l’école Cardinal-Léger à Anjou, côtoie les élèves et l'équipe-école au quotidien et vit avec eux au rythme des activités et des célébrations.

Sa présence bienveillante et constante contribue à lever les tabous souvent associés à l’intervention en psychologie, en plus de lui permettre d'offrir un accompagnement personnalisé et ancré dans la réalité de son milieu.

Elle nous parle à cœur ouvert du métier profondément humain et collaboratif de psychologue scolaire.

 

Un(e) psychologue scolaire, ça fait quoi?

Ce n’est pas évident d’expliquer mon travail, car mon implication varie beaucoup d’une journée à l’autre et d’un élève à l’autre. Globalement, je dirais que mon travail consiste à trouver des moyens pour concilier les attentes du milieu scolaire avec les besoins et les capacités de l’élève. Ce que ça signifie concrètement, c’est que je tente, par différents moyens, de créer un lien avec l’enfant, sa famille et les intervenants impliqués, pour travailler en collaboration et avoir la meilleure compréhension possible du fonctionnement et des besoins de l’enfant. Cela permet de faire des recommandations qui sont en cohérence avec la réalité de la classe et de la famille et ainsi favoriser l’établissement d’interventions constantes et personnalisées. 

Tout ça implique de faire preuve de patience et d’écoute, mais aussi de créativité et de spontanéité. Par exemple, j’aime bien m’intégrer dans le quotidien des jeunes en allant jouer avec eux dans la cour de récréation ou au gymnase pendant mes pauses. On a aussi lancé un club de course sur l’heure du midi et j’ai eu la chance d’accompagner une classe dans une sortie nature. Ces petits moments ont un impact direct sur mon lien avec les élèves, qui me disent se sentir beaucoup plus à l’aise ensuite de me parler ouvertement de ce qu’ils vivent. De mon côté, je comprends ainsi beaucoup mieux leur réalité.

 

Qu’est-ce qui vous motive dans votre travail?

En milieu hospitalier et lorsque je faisais uniquement du bureau privé, je trouvais difficile de voir les patients une heure par semaine ou dans les moments de crise et de planifier des moments d’échanges et de réflexions avec d’autres professionnels ou la famille.

À Cardinal-Léger, je peux côtoyer les enfants au quotidien et directement dans leur milieu de vie. Je peux les voir évoluer d’environ 4 ans jusqu’à 12 ans, apprendre à les connaitre, être témoin de leurs réussites et de leurs difficultés et les accompagner tout au long de leur développement. Cela me permet de soutenir l’enfant dans son cheminement scolaire en prenant en considération ce qui se passe pour lui sur les plans affectif, social et familial. Par exemple, un enfant qui arrive d’une autre école ou dont les parents se séparent peut être moins disponible aux apprentissages que d’habitude et c’est important d’en tenir compte.

J’ai aussi la chance de pouvoir travailler à tous les niveaux : prévention, intervention et suivi. Je peux ainsi identifier des risques potentiels et cibler des besoins particuliers afin de mettre rapidement en place des interventions, par exemple des ateliers en classe, un appel aux parents ou une rencontre avec l’équipe-école. Quand je suis impliquée auprès d’un élève, je peux suivre sa progression, le voir cheminer et souvent, le voir surmonter le défi auquel il faisait face.

Finalement, je peux compter sur la collaboration et l’ouverture de toute l’équipe-école. Beaucoup de temps est accordé à la réflexion et aux échanges multidisciplinaires afin de tenter de trouver les moyens à prioriser pour que l’élève puisse apprendre et s’épanouir. Par exemple, si un enfant a déjà un lien de confiance avec un intervenant de l’école, mon rôle sera d’outiller cet intervenant plutôt que de faire un 2e suivi avec l’enfant. Si un élève a un besoin qui tient plus de la psychoéducation, je le réfère à ma collègue et vice versa. Quant aux enseignants et éducateurs, ils me parlent de leur réalité terrain, je leur offre des outils et on se réajuste selon l’évolution de l’enfant. Nous sommes en mode solution, ensemble, pour le bien de l’élève.

 

Pourquoi avoir choisi de travailler en milieu scolaire?

J’ai toujours aimé entrer en relation avec les enfants et cela m’a amenée à me spécialiser en enfance pendant mes études en psychologie.

Pour être honnête, je n’avais pas entendu de bons commentaires du travail de psychologue scolaire et je m’étais toujours imaginé travailler en milieu hospitalier. Mais après un stage dans un hôpital, j’ai

réalisé que ce monde très structuré administrativement n’était pas pour moi. À la fin de mes études, je me suis donc consacrée entièrement à ma pratique privée, pour être plus autonome professionnellement et financièrement.

J’ai vite réalisé que je n’étais pas prête à me lancer à temps plein comme travailleur autonome, avec tout le stress financier et organisationnel que cela représente, sans aucun filet de sécurité. Cette pression me rendait moins disponible pour mes clients alors que c’était eux ma priorité!

C’est à ce moment que deux collègues qui travaillaient au CSSPI m’ont contactée tour à tour en me disant qu’avec ma créativité et mon besoin d’implication, ils me verraient vraiment dans le milieu scolaire. Cette recommandation successive de deux personnes, leur engouement pour le milieu ainsi que l’attrait de la sécurité qu’apportait la CSSPI m’ont vraiment fait réfléchir.

J’ai donc fait le saut, d’abord à temps partiel, puis rapidement, j’ai obtenu un poste à temps plein à Cardinal-Léger. Je peux ainsi être présente quand les élèves ont besoin de soutien, tout en ayant une stabilité financière et beaucoup de temps pour moi et mes proches les soirs, les fins de semaine et pendant les vacances scolaires.

La grande diversité des tâches à accomplir me permet aussi d’avoir une certaine flexibilité dans mon horaire et dans les mandats que je souhaite réaliser. Beaucoup de place est d’ailleurs accordée à mon autonomie professionnelle ainsi qu’à mes initiatives personnelles.

Finalement, même si je gère des sujets et des défis parfois sensibles, voire difficiles, j’ai la chance d'évoluer dans un milieu où je me sens bien et appréciée. Être présente 4 journées et demie par semaine dans le même milieu me permet de créer des liens significatifs avec les autres intervenants ainsi qu’avec les élèves. Les voir sourire, s’émerveiller et progresser m’aide à me ramener à l’instant présent et à ce qui compte vraiment. 

 

Qu’est-ce qui fait la différence au CSSPI?

C’est sans aucune hésitation l’équipe et de se sentir aussi soutenue.

Je sens que les professionnels sont vraiment appréciés et qu’on est écouté, que ce soit dans l’école ou par l’organisation. On prend nos besoins en compte, on nous consulte dans certaines réflexions et on prend le temps de nous expliquer les changements dans le milieu, plutôt que de nous imposer des directives.

Il y a aussi un grand souci de faire le pont entre la personnalité et l’expertise des psychologues et les besoins des écoles. Personnellement, je préfère être sur le terrain, intervenir concrètement auprès des enseignants, des élèves et de leur famille et c’est aussi le besoin à Cardinal-Léger.

On peut également compter sur toute une structure de soutien pour être en mesure de répondre aux besoins des élèves, qui sont très variés. Si je suis moins familière avec une problématique que vit un élève, je peux obtenir une formation, avoir accès à de la documentation ou consulter l’un des psychologues du CSSPI, qui, tout en étant généralistes comme moi, ont tous développé différentes spécialités. Depuis mon arrivée, j’ai aussi le soutien d’une mentor et de répondantes en psychologie qui font le lien entre les différentes ressources et l’administration.

Bref, à la CSSPI, on est plus de 50 psychologues à veiller les uns sur les autres, tant sur le plan professionnel que personnel. Les échanges cliniques, les rires, l’entraide, les 5 à 7 et les petites attentions font toute la différence au quotidien, surtout en contexte de pandémie.